Black Knight
Ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Yonex

50 Superseries, 10 ans d’inoubliables souvenirs

Yves-Lacroix-50e-superseries-wa

Photo: Un rare moment de détente en compagnie d’inestimables collègues : Dev Sukumar (BWF), Don Hearn (Badzine), Yves Lacroix (BadmintonPhoto et Badminton Québec), Edwin Leung, une légende de la photo de badminton (auteur de la photo).

6 octobre 2017, Yves Lacroix

On me dit souvent que je suis chanceux. C’est vrai, même très vrai. Très peu de fans, au Québec comme ailleurs, pourtant aussi passionnés que moi de badminton, ont la chance de voyager et d’assister régulièrement aux tournois majeurs de notre sport. En septembre dernier, j’ai participé à mes 50e et 51e Superseries en tant que photographe pour Badmintonphoto, l’agence officielle de la Fédération mondiale de badminton (BWF).

Les chiffres ayant souvent une valeur symbolique, mon 50e Superseries, soit l’Open de Corée 2017, revêtait évidemment une signification particulière. Le Superseries suivant, l’Open du Japon, fut mon 51e. Si l’on ajoute les Opens de Chine et de Hong Kong prévus à mon calendrier en novembre, cela fera 53 Superseries en à peine plus de 10 ans, mon tout premier étant l’Open du Danemark en octobre 2007. Cinquante-trois Superseries, ce n’est pas rien : cela équivaut à plus d’un an, à six jours par semaine, à immortaliser les prouesses des meilleurs du monde. Avec en moyenne une affiche d’au moins 150 matchs chacun, cela en fait plus de 8000 de cette catégorie à se dérouler devant mon appareil photo, et ce, dans pas moins de 11 pays !

À l’Open de la Corée, il y avait, fait rare, une double présence québécoise à un Superseries. En effet, outre l’auteur de ces lignes, Rémi Beaulieu participait à son tout premier Superseries en tant qu’arbitre de la BWF. Il fut plaisant et gratifiant de voir un collègue arbitre à l’œuvre, non seulement lors de son tout premier match, mais aussi lors de sa finale du double féminin en tant que juge de service et lorsqu’il a arbitré à deux reprises la championne du monde de simple féminin en titre. J’aime apprendre et Rémi m’a beaucoup servi à ce titre lors de ce tournoi.

On pourrait penser que l’on s’habitue après autant d’événements. Oui et non. On finit évidemment par connaitre les lieux, les stades, les métros, les aéroports, les hôtels. On sait aussi où aller, quoi faire, quoi acheter, bref, tout ce qu’il faut pour survivre pendant une semaine. Malgré tout cela, chaque nouveau tournoi demeure un défi, comme l’est chaque nouveau vol pour un pilote. J’éprouve encore un petit stress avant chaque tournoi, car en raison du boulot à abattre, il faut bien se préparer. Avant de partir, il faut s’assurer d’apporter tout l’équipement nécessaire et parfois se procurer un visa de journaliste pour certains pays plus stricts, ce qui n’est pas toujours évident et un peu stressant, car il est souvent accordé à la dernière minute ! Rendu sur les lieux, avant le début du tournoi, il faut s’assurer que l’on ait bien noté toutes les demandes des nombreux clients (BWF, fédérations, marques, joueurs, revues, journaux, etc.). En liaison avec le siège social de l’agence à Paris, on prépare un plan de match pour la semaine. Il faut être minutieux et tenir compte des inévitables changements de dernière minute dans les tableaux pour bien noter les matches à surveiller et l’heure à laquelle ils vont (ou devraient !) avoir lieu.

Et le tournoi commence, parfois un peu lentement avec une légère entrée, mais plus souvent qu’autrement, on passe rapidement au plat principal, c’est-à-dire des dizaines et des dizaines de matches de premiers tours disputés dans le cadre de journées interminables et cela sur 4, voire 5 ou 6 terrains simultanément. Dans toute cette tourmente, dans des stades souvent chauds et humides, il faut s’assurer de prendre tous les matches de sa liste et les inévitables imprévus et d’envoyer rapidement tous ces clichés aux nombreux clients. En raison du caractère souvent imprévisible des matches, on monte, on descend, on va, on vient, on revient, on marche, on court, on retourne le plus souvent possible au centre de presse pour sélectionner parmi les milliers de photos prises celles qui répondent le mieux au besoin des clients. Et il ne suffit pas d’envoyer : il faut recadrer, retoucher, indexer et intégrer dans la base de données de l’agence. Lorsque la connexion Internet est déficiente, on doit recourir à d’autres moyens. Une carte SIM locale achetée à l’aéroport peut parfois nous sauver la vie : on utilise alors son téléphone comme Wi-Fi ambulant et le tour est joué !

Les journées ne se ressemblent pas toutes. Comme pour toute autre activité humaine, il y a des hauts et des bas. Appuyer sur le déclencheur, c’est facile. Faire de belles photos créatives et variées l’est moins. Parfois, on retourne à l’hôtel fier de partager ses meilleurs clichés de la journée. Crevé, on est la dernière personne à quitter le centre de presse, mais on en sort avec le sentiment du devoir accompli. D’autres jours, on est moins inspiré et les résultats sont moins bons : les matches n’ont pas été excitants, la lumière est insuffisante ou inégale, les terrains sont difficiles d’accès, autant de raisons qui nous rendent moins créatifs ou productifs. C’est alors que les compliments et les encouragements de mon partenaire de Badmintonphoto, Raphaël Sachetat, arrivent à point nommé : c’est le boost dont j’ai besoin pour entamer une nouvelle journée. On est rentré tard à l’hôtel, on a mal ou peu mangé, dormi quelques heures à peine, mais on recommence le lendemain, fort d’une nouvelle énergie.

Certains tournois plus fréquentés (Indonésie, Japon, Malaisie) présentent une difficulté supplémentaire en raison du nombre de photographes : il faut se résigner à s’éloigner et à utiliser les téléobjectifs ou bien se battre pour trouver une toute petite ouverture entre photographes et caméras de télévision pour prendre quelques photos en vitesse.

Le nez collé sur nos appareils, on ne voit pas vraiment les matches, même si on n’est qu’à quelques mètres du jeu, tout juste derrière les officiels. On ne pourrait être plus au cœur de l’action : on entend les joueurs respirer, les instructions des entraineurs, on reçoit des volants qui sortent des terrains, on ressent même les vibrations du plancher en raison du mouvement des joueurs. Il arrive même que les joueurs nous parlent ou nous demandent de l’aide ou des instructions. Malgré tout cela, on ne voit pas aussi bien les matches qu’un spectateur plus lointain, mais dont toute l’attention est dévouée au match en cours. C’est le paradoxe de la proximité.

À travers l’objectif, on a la chance de partager les émotions de tous ces artisans du badminton – joueurs, entraineurs, arbitres, juges de lignes – qui sont souvent devenus des amis au fil des années. Là réside le plus beau côté du métier de photographe de badminton : être là pour partager tous ces moments inoubliables, que ce soit un joueur qui remporte son premier match en Superseries, une joueuse qui remporte un titre convoité devant une foule partisane et survoltée, un arbitre international à son dernier tournoi avant la retraite, ou même un juge de lignes tout simplement fier d’avoir fait un bon appel confirmé par une reprise vidéo.

Oui, on admire le jeu et l’athlétisme des joueurs – je suis encore étonné aujourd’hui de leur rapidité et talent – mais ce sont surtout les émotions qui rendent accro. Malgré les difficultés, la fatigue physique et la quantité énorme de travail à abattre, c’est l’amour du sport, la camaraderie et la satisfaction du travail accompli qui finissent toujours par triompher. Le clin d’œil d’un ami arbitre sur sa chaise, un camarade photographe qui se tasse pour te laisser un peu de place, un joueur qui partage sur son réseau social une photo dont tu es très fier, c’est, pour reprendre l’analogie alimentaire du début, le dessert. Car, au-delà des matches, ce sont les émotions et les souvenirs et surtout l’immense privilège de faire partie de cette belle caravane mondiale du volant qui rendent chaque Superseries unique.

Tout étant temporaire, les Superseries vont laisser place à une nouvelle catégorie de tournois en 2018. C’est une nouvelle aventure qui débute. Durera-t-elle 10 ans également ? On verra bien.

Bon badminton à tous,

Yves Lacroix